

Coups de coeur
I am a Hero – Le zombie, l’angoisse et l’humanité selon Hanazawa
I am a Hero est un manga de Kengo Hanazawa. Ce seinen anciennement édité en France par Kana nous plonge dans une apocalypse zombie aussi glaçante qu’introspective, à travers le regard bancal mais terriblement humain d’un antihéros qui n’a de « hero » que le titre.



Le Synopsis
Hideo Suzuki, 35 ans, est un assistant de mangaka en manque de succès. Sa petite amie, Tetsuko, ne cesse de parler de son ex, un talentueux mangaka très en vue. Hideo est un homme craintif et souffre d’hallucinations : il parle avec un ami imaginaire…
Cet homme est ce qu’on appelle un LOSER ! Tellement absorbé par sa médiocre vie, il ne remarque pas qu’il se passe des choses suspectes autour de lui… Tokyo va soudainement sombrer dans le chaos et être envahi d’humains qui n’en sont plus vraiment… Hideo va devoir se faire violence et se reprendre en main. Il en va de sa survie !!!
Mon Avis
Hideo Suzuki a 35 ans, des rêves d’édition qui prennent l’eau, une carrière de mangaka au point mort et une vie sentimentale en friche.

C’est un homme comme tant d’autres, un être effacé, pétri d’anxiété, incapable de regarder les gens dans les yeux sans se tordre les doigts. Loin du stéréotype du héros badass et charismatique, Hanazawa dresse ici le portrait d’un homme moyen, presque marginal, qui va se retrouver malgré lui plongé dans l’impensable : une pandémie soudaine et inexplicable transforme la population japonaise en morts-vivants aux comportements aussi dérangeants que grotesques. Et dans ce chaos, le voilà contraint de prendre les armes et de quitter Tokyo.

Mais I am a Hero ne se résume pas à une simple série de survie. Dès ses premiers chapitres, le manga adopte un rythme déroutant, presque flottant, où l’horreur affleure en silence, à travers les détails du quotidien, les annonces à la radio, les comportements étranges d’un voisin ou d’un inconnu dans la rue.

Hanazawa prend le temps d’installer son monde, de faire ressentir la normalité avant le basculement. L’apocalypse ne surgit pas, elle s’infiltre. Et le lecteur, tout comme Hideo, ne comprend pas tout de suite ce qui se passe. Ce décalage entre l’horreur qui prend forme et l’inaction du personnage principal accentue encore davantage l’angoisse.
Ce qui frappe aussi dans I am a Hero, c’est le mélange de registres : l’absurde, le grotesque, le nihilisme latent, mais aussi une forme d’onirisme dérangeant. Certains y ont vu un écho à Bonne nuit Punpun d’Inio Asano – ce n’est pas un hasard si les deux mangakas sont amis. Comme chez Asano, Hanazawa explore les failles de l’individu moderne, ses désillusions, ses obsessions, son incapacité à communiquer.

Hideo n’est pas un héros, il est un homme qui subit, qui hallucine, qui doute, qui panique. Et pourtant, c’est bien lui que l’on suit. Lui qui, armé de son fusil de chasse et de ses angoisses, va devoir trouver dans l’horreur un sens, un cap, une forme de courage.
La force de Hanazawa réside aussi dans sa mise en scène. Le trait est hyperréaliste, les visages sont expressifs au point de mettre mal à l’aise, les zombies oscillent entre le burlesque et l’effroi, et certaines pages en vue subjective nous immergent dans la folie ambiante.
L’auteur distille une ambiance aussi malaisante que jouissive, créant une tension constante entre ce qu’on voit et ce qu’on ressent. La violence, quand elle éclate, est d’une précision clinique, jamais gratuite. Et malgré la noirceur, malgré le chaos, il subsiste une humanité fragile qui lutte pour survivre.

Au fil de sa fuite, Hideo rencontre d’autres survivants. Là encore, ce n’est pas l’unité qui est célébrée, mais la complexité des liens humains : entre peur, instinct de protection, solidarité vacillante et solitude profonde. Le manga interroge sans relâche ce qui fait l’humain : est-ce la capacité à tuer pour vivre ? Ou à protéger malgré la peur ? Quelle place accorde-t-on à ceux qui dévient de la norme, dans un monde où toute norme a explosé ?

Avec ses 22 tomes, I am a Hero s’impose comme l’une des œuvres majeures du zombie contemporain. Il détourne les codes du genre pour mieux les sublimer, offrant une fresque à la fois intime, terrifiante et d’une justesse émotionnelle rare. Si la fin a pu laisser certains lecteurs dans le flou, elle s’inscrit dans la cohérence d’une œuvre qui ne livre jamais de réponses faciles. Hanazawa préfère semer des indices, jouer avec l’interprétation, et laisser à chacun le soin de tracer sa propre route – tout comme Hideo, au fond.
En mêlant le divertissement à une réflexion sincère sur l’homme, ses peurs, ses failles et sa quête de sens, I am a Hero dépasse le simple récit de zombies. C’est un miroir tendu à nos incertitudes. Un manga qui, malgré l’horreur, donne furieusement envie de vivre. Un véritable coup de cœur !
MA NOTE : 17,75/20

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