Connect with us

Ciné & Séries

L’Œuf de l’ange (1985) – Une contemplation obscure magnifiée par la restauration 4K

Published

on

Avant même de chercher à comprendre ce que Mamoru Oshii raconte, L’Œuf de l’ange impose un état. Un silence. Une lenteur presque sacrée. Revoir le film aujourd’hui dans sa restauration 4K, c’est accepter de se laisser happer par un monde figé dans la nuit, où chaque geste semble peser plus lourd que le précédent.

Le Synopsis

Une jeune fille fragile parcourt un monde obscur et dangereux. Sa survie semble dépendre d’un oeuf mystérieux qu’elle transporte.

Une remasterisation en 4k à l’occasion des 40 ans !

Mon Avis

Revoir, ou découvrir comme dans mon cas, L’Œuf de l’ange aujourd’hui, dans sa restauration 4K, c’est (re)découvrir un film qui ne cherche jamais à être compris, mais à être ressenti.

Ce fut un visionnage vraiment spécial, j’ai eu la sensation d’entrer dans un rêve figé, un monde où le temps s’est arrêté, où les gestes sont lents, où les silences pèsent plus lourd que les mots.

Le film est contemplatif, parfois jusqu’à l’excès, avec ces longueurs typiques de l’animation expérimentale des années 80. Mais dans ce cas précis, elles ne m’ont pas rebuté : elles m’ont installé dans un état presque hypnotique, comme si Oshii voulait m’obliger à respirer au rythme de son monde. C’est old school il faut l’admettre, et il faut réussir à rentrer dedans !

La restauration sublime chaque détail : les ombres, les textures, les visages, les architectures impossibles. Le film devient un tableau mouvant, une fresque dark fantasy où chaque plan semble peint à la main.

Et puis il y a la musique… Une bande-son qui ne cherche pas à accompagner, mais à envelopper. Des nappes sonores, des résonances liturgiques qui transforment la moindre scène en rituel.

C’est l’un des aspects qui m’a le plus marqué : même quand je ne comprenais pas tout, je ressentais tout. Une fable obscure qui se révèle après coup !

Au premier visionnage, je n’ai clairement pas saisi toutes les subtilités. Le film laisse volontairement des zones d’ombre :

– Qui est cette fillette aux cheveux blancs ?
– Que représente cet œuf qu’elle protège comme une vie à naître ?
– Qui est cet homme portant une croix étrange ?
– Pourquoi cette ville semble morte, figée dans une nuit éternelle ?

-La représentation des poissons ?

Rien n’est expliqué. Rien n’est donné. Et c’est précisément ce qui rend l’expérience si singulière.

En y repensant, en laissant les images revenir, en revisitant certains passages, j’ai commencé à percevoir des pistes : la symbolique biblique, la question de la foi, la perte, la mémoire, l’espoir fragile qu’on porte en soi comme un secret.

Le film fonctionne comme un poème : il ne se comprend pas d’un bloc, il se déploie avec le temps.

Une esthétique dark fantasy inimitable

La force de cette version restaurée, c’est la puissance visuelle du duo Oshii / Amano. Les traits d’Amano ont cette mélancolie unique, cette finesse presque fragile, cette manière de rendre chaque personnage à la fois humain et spectral.

Les décors, eux, oscillent entre cathédrales brisées, machines biomécaniques, fossiles géants et rues désertes (quand l’armée n’y est pas). On a l’impression de traverser un monde post‑apocalyptique où les souvenirs ont remplacé les vivants.

Certaines images restent en tête longtemps après : les ombres de poissons géants glissant sur les murs, la fillette qui remplit des jarres d’eau comme si elle tentait de rallumer un monde éteint.

C’est un cinéma de la sensation, du symbole, du silence.

Une œuvre exigeante, mais d’une beauté rare

L’Œuf de l’ange n’est pas un film qui se consomme. C’est un film qui se contemple, qui se laisse infuser, qui demande une disponibilité totale. Il peut sembler long, hermétique, presque impénétrable. Mais une fois qu’on accepte son rythme, sa lenteur, son refus d’expliquer, il devient une expérience unique.

La restauration 4K lui rend justice :
les visuels sont sublimes, la musique gagne en profondeur, et l’ensemble retrouve une puissance émotionnelle que le temps n’a pas altérée.

Je n’ai pas tout compris au premier visionnage. Je ne suis même pas sûr d’avoir tout compris au second. Mais ce que j’ai ressenti, en revanche, est resté. Et c’est peut‑être ça, la vraie force du film : une œuvre qui continue de hanter, de questionner, de vibrer longtemps après qu’elle s’est tue.

MA NOTE : 14/20

🫀 Founder Kazoku , anciennement skendolero.fr. ⛩️ Travel - Japon - Manga

TOP ARTICLES